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Le Chalet Mauriac à Saint-Symphorien :
un lieu de mémoire

Fréquenté par François Mauriac dans sa jeunesse, le « Chalet » de Saint-Symphorien aurait pu partager l’ultime destin de ces demeures aux volets clos qu’un manteau végétal finit par recouvrir de silence. Fort heureusement, la maison de vacances des Mauriac a résisté aux outrages du temps. Tout du moins l’essentiel. Ce n’est pas le cas du mobilier d’origine, en grande partie disparu du fait de quelques visiteurs indélicats qui tirèrent profit des trop longues périodes de mise en sommeil pour commettre leurs méfaits.
Grâce à la Région Aquitaine qui en a fait l’acquisition en 2001, puis l’a grandement réhabilité, le « Chalet » connaît désormais une seconde vie. Inauguré le 19 avril 2013, après deux décennies complètes d’inoccupation suivies d’importants travaux, l’ancien lieu de villégiature est désormais un espace dédié aux écritures numériques et contemporaines, reliant ainsi mémoire littéraire et inspiration nouvelle.

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Photo © Gilbert Alban / Région Aquitaine






« Dans la forêt proche, ma mère faisait construire un chalet style Arcachon dont les paysans admiraient les briques vertes, jaunes, rouges et noires…. »

François Mauriac, Journal d’un homme de trente ans, éditions La Palatine, Paris, 1953.

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C’est à Claire Mauriac (née Coiffard) que l’on doit d’avoir entrepris la construction de cette maison après la disparition de son mari (ce dernier étant décédé d’une maladie fulgurante en 1887, à l’âge de trente-sept ans).

Lancés deux ans plus tard, en 1889, les travaux furent achevés vers 1891/1892. On prit le parti d’édifier le Chalet à quelques pas du bourg de Saint-Symphorien, sur un domaine boisé d’environ 10 ha et situé au lieu-dit Jouanet qui ouvrait lui-même sur un paysage de lande.

Habitant Bordeaux pendant l’année, la mère et les cinq enfants, dont le tout jeune François Mauriac, séjournaient à Jouanet, principalement aux périodes des vacances. La résidence secondaire permettait aussi de gérer les revenus tirés de l’exploitation des quelques domaines familiaux autour de Saint-Symphorien : essentiellement des métairies et des bois de pins.

Le Chalet et le parc environnant restèrent la propriété des Mauriac la majeure partie du 20ème siècle. En 1927, François Mauriac hérita du domaine viticole de Malagar, à Saint-Maixant (Gironde), tandis que son frère Pierre, doyen de la faculté de médecine à Bordeaux, reçut en partage le site de Saint-Symphorien. Mme Catherine Cazenave, née Mauriac et nièce de l’écrivain, fut la dernière propriétaire des lieux avant leur rachat par la Région Aquitaine en 2001.

Ancré dans la mémoire collective de Saint-Symphorien, le patronyme des Mauriac est passé en langage courant pour désigner ce site qu’on appelle aujourd’hui le « Chalet Mauriac ».

À l’orée du massif forestier landais, s’ouvrent les lieux de l’enfance et de l’adolescence du Mauriac intime. La tempête de 1999 a eu raison du « gros chêne » que l’écrivain étreignait comme un être vivant, mais la découverte se poursuit dans les allées traversant le parc, vers les berges de la Hure, ce ruisseau « qui conduit à l’océan ». Il faut déambuler dans la forêt, fouler de nos pas les mousses de la clairière pour pénétrer cette atmosphère si particulière. Retrouver la matrice d’une « nature assoupie ». Se laisser gagner par elle.

François Mauriac a magnifié cet endroit que l’on devine au fil des romans abondant en références autobiographiques (dans Le mystère Frontenac, notamment). Avec sa sensibilité et une écriture poétique singulière, il y évoque son attachement pour le parc, le ruisseau de la Hure, l’âme des landes girondines. Ces lieux ont suscité chez l’enfant, puis l’adolescent d’alors, ce que l’écrivain nommera plus tard « l’enchantement panique ». Plus que le Chalet lui-même, la nature à Saint-Symphorien fut, en effet, la matière vivante de son inspiration.

La propriété de Saint-Symphorien constitue avec le domaine de Malagar (l’autre maison de l’écrivain, qui appartient aussi à la Région Aquitaine) un ensemble patrimonial d’exception, associé à la mémoire de l’auteur. Parce que chaque élément s’inscrit bel et bien dans cet espace de découverte littéraire, un circuit culturel et patrimonial relie dorénavant le parc de Saint-Symphorien au domaine de Malagar. A l’initiative du centre François Mauriac, des balades littéraires sont organisées annuellement entre le Langonnais et Saint-Symphorien pour faire revivre un peu de cette lande girondine si chère au cœur de l’enfant Mauriac.

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Photo © Gilbert Alban / Région Aquitaine




















« J’étais hors du temps, dans la durée pure, le pur bonheur, en cet endroit du monde qui est [.…] ma seule, ma vraie patrie »

François Mauriac, Bloc-notes, éditions Le Seuil, 1968.
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Le style typique d’une arcachonaise

La demeure fut dessinée par l’architecte Marcel Ormières, connu pour ses différentes réalisations à Arcachon. Il est aussi l’auteur du plan général de la Ville d’Hiver qu’il dressa en 1896, un outil de connaissance tout à fait remarquable du patrimoine balnéaire de l’époque.

D’emblée, le Chalet de Saint-Symphorien s’impose dans le paysage, avec son style caractéristique, ses façades hautes, les baies disposées dans un équilibre parfait, usant parfois du trompe-l’œil et de fausses huisseries.

Chaque détail tient sa place pour former une harmonie. Choix des matériaux et des couleurs, régularité géométrique des motifs, du soubassement en moellons aux maçonneries enduites des niveaux supérieurs, des pierres de taille éclatantes de blancheur à l’ocre rouge de la brique ou de la terre cuite, des briquettes vernissées aux culots de bouteilles pris dans les murs. La toiture aux crêtes ciselées, les rives stylisées, les flèches de rouge vif qui rivalisent avec la cime des pins, renforcent l’impression de luxe dans la décoration, aux limites de l’extravagance. Tout confère à l’édifice cette magnificence, une sorte de jaillissement coloré vers le ciel.

Au cours des années trente, la maison fut agrandie, formant deux angles droits sur sa façade postérieure. Lors de la rénovation en 2012, une nouvelle entrée sur cette même face a été créée pour une meilleure accessibilité.

Le Chalet garde ses quatre niveaux d’origine :
– Niveau 0 semi-enterré, où se trouvaient les pièces des domestiques, la cuisine, la souillarde, les caves (seuls subsistent encore la cheminée et l’ancien potager comme traces de l’activité passée)
– Niveau 1, auquel on accède par le perron de la façade principale. Une porte-fenêtre décorée de fougères en fer forgé donne sur les pièces nobles : le hall meublé autrefois d’un billard (celui fréquenté par le personnage Yves dans Le mystère Frontenac), deux salons, la salle à manger, un bureau, l’escalier de bois menant aux étages
– Niveaux 2 et 3 dédiés aux chambres et salles d’eaux. A noter l’accès au balcon de bois (en façade principale) ou à la terrasse située au dernier étage (façade opposée).

Le soin apporté par l’architecte Marcel Ormières à la décoration de l’ensemble et un confort peu répandu pour l’époque témoignent d’un raffinement certain : moulures et rosaces en plafond, parquets en pin et boiseries en pitchpin, incrustation de faïences de Vieillard (l’ancienne manufacture bordelaise qui cessa son activité en 1895), chauffage par le sol et eau courante à l’étage.

Enfin, comment ne pas souligner l’importance des motifs floraux que l’on découvre au fur et à mesure de la visite ? Ceux-ci occupent une fonction privilégiée dans toute la décoration extérieure comme en intérieur. Ils symbolisent un véritable hymne à la nature et dialoguent avec elle. Chargé de ses ornements, le Chalet est tel un bouquet placé au cœur de la végétation environnante jusqu’à ne faire plus qu’un avec la forêt.

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Contact :

Alain Herman
Conservateur et chef de projet
tel. 06 09 05 81 89
alain.herman@aquitaine.fr
www.aquitaine.fr

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